
Visés à Madrid, mais simples témoins à Dakar dans les mêmes faits, les dirigeants d’AEE Power EPC privilégient l’instruction espagnole et s’opposent à toute nouvelle audition au Sénégal. Saisie d’une demande d’audition visant Fernando Pablo, Fernando Sanchez et José González, la défense d’AEE Power EPC fixe ses limites. Dans une correspondance adressée aux enquêteurs de la Section de recherches de Colobane, où il rappelle le principe du respect du secret de l’instruction, Me Patrick Kabou, avocat de la Cour, docteur en droit et chercheur associé à l’IRDEIC/UT-Capitole, fait comprendre que les intérêts de ses clients, actés en parfaite collaboration avec l’équipe juridique d’AEE Power EPC, seront défendus avec fermeté. Pour la défense, il n’est pas question de procéder à une nouvelle audition dans le cadre de la procédure dakaroise, alors qu’une instruction est déjà ouverte en Espagne.
Concernant les pièces complémentaires, Me Kabou rappelle que la Section de recherches de Dakar dispose déjà d’un jeu de plusieurs auditions parmi lesquelles figurent celles des 4 et 12 août, la commission rogatoire mentionnée par le Parquet financier et l’affaire liée au député
Thierno Alassane Sall
. « Ce départ vers la justice espagnole ne signifie pas pour autant l’extinction des poursuites contre le parlementaire Thierno Alassane Sall », précise-t-il. Dans un document intitulé « Rappel du principe du secret de l’instruction », la raison avancée est strictement procédurale : on ne peut pas être simultanément visé nommément dans une instruction pénale en Espagne et venir témoigner au Sénégal sous le couvert d’une plainte contre X pour les mêmes faits. En matière pénale internationale, dès lors qu’une instruction se saisit valablement et enclenche l’instruction, elle devient prioritaire. Mes clients sont tenus par le secret de l’instruction, explique en substance la défense. Concernant la plainte contre le député Sall, la défense affirme que les pièces judiciaires espagnoles ne sont pas à verser au dossier dakarois.
Interrogé sur la décision de ses clients de ne plus répondre aux convocations au Sénégal dans l’affaire AEE Power EPC, Me Patrick Kabou précise les fondements juridiques d’un « dépôt stratégique vers la justice espagnole ». « Nous avons formalisé notre position dans un document intitulé “Rappel du principe du respect du secret de l’instruction”. La raison est strictement procédurale : on ne peut pas être visé nommément dans une instruction pénale en Espagne et venir témoigner au Sénégal sous le couvert d’une plainte contre X pour les mêmes faits. » Concernant l’audition du 4 août, le cas de José Gonzalez relève d’un cas particulier. Ce dernier ne réside pas au Sénégal : il est directement escamoté dans les procédures en cours à Madrid. La défense estime par ailleurs que les convocations adressées aux dirigeants d’AEE Power EPC ne présentent pas suffisamment de garanties sur le plan procédural. Pour Me Kabou, si la justice sénégalaise souhaite poursuivre l’instruction, elle doit tenir compte de la procédure engagée en Espagne et du principe du secret de l’instruction.