Le Plan pluriannuel d’investissement (PPI) instauré par l’Algérie pourra-t-il endiguer la hausse des importations et la baisse des réserves de change ?
L’objectif vise à instaurer un triple contrôle numérique et bancaire et avant toute domiciliation auprès d’une banque, l’opérateur doit obtenir le visa de son PPI. Il existe quelques différences entre les licences d’importation utilisées massivement par le passé et le Programme prévisionnel d’importation (PPI) (introduit en juillet 2025) : les licences fonctionnaient comme un rationnement quantitatif direct par produit, tandis que le PPI est un outil de planification globale basé sur les besoins réels et la traçabilité des entreprises. Dans l’ancien système dans le contingentement l’Etat fixe les quotas globaux ou des interdictions strictes produit ou secteur et dans le nouveau système l’opérateur soumet sa propre estimation de besoins semestriels ou annuels, selon son activité. Concernant la mode de l’octroi , dans l’ancien système il y a attribution des quotas d’importation comme méthode centralisée ; dans le nouveau système il y a validation d’un calendrier via de plateformes toujours centralisées après des audits des capacités réelles de l’opérateur.
Concernant le contrôle ; pour l’ancien système, une règle simple bloquer ou limiter l’accès de certaines marchandises dans le nouveau système vérifier si la taille de l’entreprise , le nombre de salariés et l’outil de production est conforme à la demande et enfin concernant le champs d’application, pour l’ancien système , il était appliqué aux marchandises courantes et à la revente à l’état et pour le nouveau système aux matières premières, aux équipements et aux services. Certes, l’instauration des Programmes prévisionnels d’importation (PPI) par le ministère du Commerce extérieur algérien qui a un objectif visant à réguler les flux de devises et à encourager la production locale, cependant, ce dispositif génère d’importantes incidences négatives sur l’approvisionnement national en raison de lourdeurs bureaucratiques et de blocages opérationnels.
Ces contraintes ne datent pas d’ aujourd’hui puisque en tant que haut magistrat premier conseiller et directeur générale des études économiques à la Cour des comptes entre 1980/1983 ,ayant été chargé du programme anti pénuries par la présidence de l’époque, nous avons constaté les mêmes anomalies et préconisé un tableau de la valeur afin de préserver les réserves de change et de lutter contre les surfacturations. La raison est la faiblesse du tissu productif où selon les données du registre du commerce, le nombre global de PME est estimé à plus de 1,48 million d’unités actives (dont une majorité écrasante de très petites entreprises sous forme de petites SARL ou TPE à gestion souvent familiale.
Pour preuve le nombre d’emplois entre 1 et 9 personnes a été évalué à 99,36%, entre 10/49 emplois à 0,55% et 250 emplois et plus 0, 09%. Pour les PME, il faut compter environ 32 PME pour 1 000 habitants. Le secteur des PME est dominant avec près de 70%, suivi du secteur du BTPH avec 11%, le secteur de l’industrie étant en 3ème position avec 9% et le secteur de l’agriculture avec 10%. Globalement, le taux d’intégration tant des entreprises publiques que privées en 2025 ne dépasse pas 15%, la majorité du corps économique étant irrigué directement ou indirectement par la rente des hydrocarbures étant un processus qui se veut transitoire, l’on devra être conscient de huit (8) contraintes : -1- des effets de monopole car l’obtention exclusive d’une licence pour certains produits crée des rentes de situation et élimine la concurrence -2- la gestion des contingents non automatiques peut nourrir des réseaux de corruption, bien la loi algérienne qualifie l’abus de position ou l’intervention auprès d’un fonctionnaire pour l’obtention indue d’avantages (tels qu’une licence) de trafic d’influence passible de lourdes peines de prison,- 3- le PPI impose de planifier strictement les importations à l’avance.
Or, les entreprises ne peuvent pas anticiper les besoins urgents, comme l’achat d’une pièce détachée en cas de panne technique, 4- risque de paralysie des outils de production locaux transformant un manque d’intrants en pénurie de produits de large consommation sur le marché, et même lorsque les entreprises déclarent la totalité de leurs besoins théoriques dans leur PPI, les autorités n’accordent souvent de réponses favorables que pour une fraction de ces demandes, limitant l’accès aux matières premières essentielles provoquant des sous utilisation de capacités rendant la rentabilité des entreprises problématiques, – 5- surcout accentué par la nécessité d’obtenir la validation du PPI avant toute domiciliation bancaire, les processus d’achat devenant longs et incertains, empêchant les entreprises de saisir des opportunités commerciales à l’international, 6- les secteurs manipulant des intrants à durée de vie courte, dangereux ou sous forte tension mondiale ne peuvent plus s’engager à long terme avec des fournisseurs étrangers en raison des délais d’attente des autorisations.
Les retards de validation génèrent des frais de stockage et de manutention supplémentaires et face à l’imprévisibilité du dispositif réglementaire national, les fournisseurs étrangers tendent à majorer leurs tarifs unitaires pour compenser le risque et ces coûts additionnels sont répercutés sur le prix final payé par le consommateur – 8- comme constaté sur le terrain au niveau du ministère du commerce , le système du PPI faute d’un système d’information performant au niveau national ce qui peut fausser les calculs utilisant les nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, de moyens humains et surtout de compétences fait face à des retards dans le traitement des dossiers. En conclusion, la solution se trouve dans le renouveau de la gouvernance et la valorisation du savoir comme moyen d’adaptations aux nouvelles mutations mondiales.
Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités
Expert international
(Suite et fin)
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- Published
- September 29, 2026
- Byline
- Rédaction LNR