FCC : arrêter les uns, ménager les autres ?
Pour arrêter une personne, geler ses avoirs ou l’inculper, la Financial Crimes Commission (FCC) doit disposer d’un « reasonable suspicion », un soupçon raisonnable. A-t-elle appliqué ce seuil de manière égale dans tous ses dossiers ? La question, désormais, est posée par plusieurs juristes. La question que soulèvent plusieurs affaires récentes est simple : l’applique-t-elle avec la même rigueur partout ? Ou, comme le suggérait l’ancien ministre Nando Bodha en énumérant les usages possibles d’une
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Pour arrêter une personne, geler ses avoirs ou l’inculper, la Financial Crimes Commission (FCC) doit disposer d’un « reasonable suspicion », un soupçon raisonnable. A-t-elle appliqué ce seuil de manière égale dans tous ses dossiers ? La question, désormais, est posée par plusieurs juristes. La question que soulèvent plusieurs affaires récentes est simple : l’applique-t-elle avec la même rigueur partout ? Ou, comme le suggérait l’ancien ministre Nando Bodha en énumérant les usages possibles d’une telle agence (FCC/NCA) servir la population, couvrir les scandales du pouvoir, ou frapper l’adversaire , poursuit-elle les uns tout en ménageant les autres ?
Le seuil, appliqué avec fermeté
Rappelons d’abord ce dont la Commission s’est jugée capable. Dans le volet Ravatomanga, elle a estimé le soupçon suffisant pour arrêter, dès 2025, le lanceur d’alerte Nasser Bheeky et son propre ancien commissaire, Junaid Fakim, sur la base d’une seule réunion, celle du 14 octobre 2025 à Quatre-Bornes. Pourtant, le 27 août, devant la Bail and Remand Court, l’Acting Director of Investigations de la FCC, Paramhans Aleear, a lui-même reconnu qu’aucune disposition légale n’interdisait, à l’époque, cette rencontre, et que Fakim, commissaire à temps partiel, pouvait poursuivre ses activités professionnelles. Interrogée le 8 septembre sur la manière dont l’accusation se maintient malgré cet aveu, la direction de la Commission n’a pu en donner « une image complète ». Un soupçon jugé suffisant pour arrêter, mais que l’institution explique mal : le décor est planté.
Bachoo : quand c’est le Premier ministre qui déclenche le doute
Le cas le plus frappant est peut-être celui du ministre de la Santé, Anil Bachoo. Ici, le déclencheur d’un soupçon n’est ni une rumeur ni une source anonyme : c’est le Premier ministre lui-même. Au Parlement, Navin Ramgoolam a donné de l’opération de son ministre une version contredisant son récit public, le médecin privé, présenté comme simple « observateur », aurait en réalité participé à l’intervention, dans un hôpital public tout en reconnaissant qu’aucun protocole n’encadrait la situation. Lorsque le chef du gouvernement contredit publiquement la version d’un ministre sur l’usage d’un établissement public, la matière d’un soupçon raisonnable existe, à tout le moins, à examiner. L’ancien ministre Deepak Balgobin a d’ailleurs déposé plainte à la FCC pour un éventuel « using office for gratification ». Une question s’impose alors : le médecin du privé présent ce jour-là a-t-il été entendu ? À ce stade, aucune convocation visible — alors que, dans les dossiers que la Commission entend faire connaître, la venue d’un suspect est souvent annoncée aux journalistes, invités à filmer et photographier, au nom de l’intérêt public. Deux poids, deux visibilités.
Karl Élysée : le soupçon qui suffit pour deux, pas pour un troisième
Même logique, autre dossier. Dans ce même volet Ravatomanga, la Commission a donc arrêté deux hommes. Mais la personne que met en cause l’enregistrement au cœur de l’affaire, Jean Karl Élysée, présenté comme proche du bureau du Premier ministre n’a, selon nos informations, pas été convoquée par la FCC; c’est de sa propre initiative qu’il s’est rendu au CCID pour y déposer une plainte. Karl Élysée conteste les faits et demeure présumé innocent. Reste une question de méthode, purement factuelle : le soupçon qui a suffi à en arrêter deux ne suffit-il pas, au moins, à en entendre un troisième ?
Les plaintes qui entrent — et ensuite ?
À ces dossiers s’ajoute une inquiétude sur le sort réservé aux plaintes citoyennes. En déposant la sienne contre Anil Bachoo, Deepak Balgobin a rappelé que d’autres plaintes, celles logées par Joe Lesjongard concernant Ashok Subron et son épouse au conseil d’administration de la NEF, resteraient, selon lui, « dans les oubliettes ». D’un côté, des dossiers menés tambour battant ; de l’autre, des plaintes qui dormiraient. Ces affirmations sont celles de M. Balgobin ; ni les faits allégués, ni le sort de ces plaintes n’ont été établis par mais le reproche, lui, est désormais public, et porté par une voix.
Le doute vient aussi de l’intérieur
Cette interrogation sur la rigueur de la Commission est enfin nourrie par ses propres failles. Le 8 septembre, son directeur général par intérim, Sanjay Dawoodarry, a reconnu qu’un enquêteur avait partagé des informations avec un trafiquant de drogue, une fuite interne grave, dont ni l’auteur ni les suites n’ont été rendus publics. Dans le même temps, des véhicules saisis et placés sous la garde de la FCC, censés être surveillés jour et nuit, étaient dépouillés de leurs équipements il y quelques jours. Une institution qui peine à garantir l’intégrité en son sein se trouve d’autant moins en position de convaincre qu’elle applique, au-dehors, une rigueur égale pour tous.
Quel scénario la FCC donne-t-elle à voir ?
Le fil qui relie ces dossiers n’est pas la culpabilité des uns ou l’innocence des autres, nul ne saurait la présumer ici. C’est le seuil. Un soupçon raisonnable jugé suffisant pour arrêter un commissaire sur une simple réunion ; le même seuil, apparemment inappliqué là où c’est le Premier ministre en personne qui a mis au jour une contradiction. Rien ne prouve un choix délibéré, et la plupart des enquêteurs de la Commission font sans doute leur travail avec intégrité. Mais c’est précisément cette géométrie variable du soupçon qui donne corps au deuxième scénario de Nando Bodha : celui d’une institution qui n’appliquerait pas à tous la même mesure. Une agence qui arrête, saisit et brise des réputations ne vaut que par la certitude qu’elle s’applique à chacun, sans exception. Tant que la FCC ne dissipe pas elle-même ces doutes, c’est cette question, arrêter les uns, ménager les autres ? , qui définira le regard porté sur elle.
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- 950 words · 5 min read
- Published
- September 27, 2026
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- IONNEWS