« Nous risquons de mourir » : Condamné à 10 ans de prison au Maroc, Maguette Guèye en détresse

Condamné à dix ans de prison au Maroc pour trafic de migrants, El Hadj Maguette Guèye décrit un quotidien éprouvant derrière les barreaux. Son nom figure sur une liste de 57 détenus sénégalais pouvant être transférés au pays pour y purger leur peine, mais plus d'un an après sa publication, rien n'a bougé. La voix tremble, chargée de tristesse et de lassitude. Depuis sa cellule, El Hadj Maguette Guèye raconte le parcours qui l'a mené derrière les barreaux marocains. Parti en mer à bord d'une embarcation, il a été interpellé en février après une traversée d'environ huit jours. « Le 12 février, ils nous ont conduits en prison et nous avons été condamnés à 10 ans », confie-t-il. Le jeune homme affirme avoir déjà purgé près de trois ans et cinq mois de sa peine. Il fait partie de ces Sénégalais condamnés à de lourdes peines au Maroc dans des affaires de trafic de migrants, un dossier qui touche de nombreuses familles restées au pays, souvent sans nouvelles précises de leurs proches.
« Nous risquons de mourir ici »
Son récit dépeint des conditions de détention particulièrement difficiles. « Ce que nous vivons est très dur, et vraiment pénible. Nous risquons de mourir ici. Tout ce que nous voulons, c'est rentrer », lâche-t-il. Pour lui, peu importe le lieu de détention, pourvu qu'il se trouve au Sénégal. « Qu'ils nous enferment même à la prison de Rebeuss, mais au moins qu'on soit au Sénégal », plaide-t-il. Le détenu décrit notamment l'isolement lié à la langue. Il dit partager une cellule avec seize détenus marocains, en étant le seul Sénégalais. « Pour te faire comprendre, il faut parler leur langue. Même si tu parles français, personne ne te répond », explique-t-il. Face à l'administration pénitentiaire, la barrière est la même. « Si tu as un problème et que tu vas voir le chef, il ne t'écoute pas. Il ne parle que l'arabe et cela devient épuisant », poursuit-il. Pour se faire entendre, il doit parfois compter sur un codétenu d'origine subsaharienne comprenant l'arabe, qui accepte de servir d'interprète. À cet isolement s'ajoute un climat de tension permanent. « Il y a des bagarres tous les jours. Du matin au soir, on te cherche des problèmes en permanence », témoigne El Hadj Maguette Guèye, qui résume son quotidien comme « une vie éprouvante ». Selon lui, les détenus étrangers ne bénéficient d'aucune mesure particulière. « On te dit que tu vas purger tes 10 ans de prison et c'est fini », regrette-t-il. La survie au quotidien dépend en grande partie du soutien financier des familles, mais celui-ci s'épuise vite. « Même si ta famille parvient à t'envoyer 50 000 F CFA, tu n'en profites que pour 20 jours parce que la nourriture coûte extrêmement cher », explique-t-il. Une charge lourde pour des familles sénégalaises souvent modestes, qui doivent soutenir un proche à des milliers de kilomètres. L'espoir de ces détenus repose sur la possibilité d'un transfèrement au Sénégal pour y purger le reste de leur peine. El Hadj Maguette Guèye rappelle que le Sénégal et le Maroc sont liés par une convention en la matière, tout en déplorant qu'elle ne soit pas appliquée dans les faits. À force de réclamations, les détenus affirment avoir obtenu que les autorités sénégalaises engagent des démarches. « Le Maroc a publié une liste de 57 personnes qui peuvent partir, et mon nom figure sur cette liste », indique-t-il. Cette liste aurait été rendue publique en juin 2025. Plus d'un an plus tard, les intéressés disent toujours attendre. « Jusqu'à présent, nous n'avons aucune nouvelle », déplore-t-il. Au-delà de son cas personnel, El Hadj Maguette Guèye parle au nom de ses compatriotes détenus dans les prisons marocaines. « L'État doit vraiment se pencher sur notre situation », insiste-t-il. Son témoignage relance la question du suivi consulaire des
Sénégalais
incarcérés à l'étranger et de l'application effective des accords de transfèrement entre Dakar et Rabat. Pour les 57 détenus concernés et leurs familles, l'enjeu est désormais de savoir quand les démarches engagées aboutiront. Aucune communication officielle n'est venue, à ce stade, préciser le calendrier d'un éventuel rapatriement.
Follow the story
About this article
- Length
- 688 words · 3 min read
- Published
- September 24, 2026
- Byline
- Diack Sall
- Source
- Senenews