
Les choses ne s'arrangent décidément pas pour le Sénégal sur le front financier. Moody's vient en effet de dégrader, une nouvelle fois, la note souveraine du pays, abaissant la notation de Caa1 à Caa2, tout en maintenant une perspective négative. Un nouveau signal préoccupant pour le gouvernement sénégalais, qui n'en finit plus d'encaisser les coups de l'agence de notation américaine. Cette nouvelle sanction n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une série ininterrompue de dégradations qui a débuté en octobre 2024 avec un premier abaissement, suivi d'une deuxième dégradation, cette fois de deux crans d'un coup, en février 2025. Une troisième correction est intervenue le 10 octobre 2025, faisant passer la note de B3 à Caa1. Selon l'Africa Peer Review Mechanism (APRM), cette succession représentait déjà, à elle seule, quatre crans de dégradation en l'espace de douze mois, faisant chuter le Sénégal de Ba3 à Caa1. Avec ce nouveau passage à Caa2, c'est donc un cinquième abaissement en un peu plus d'un an que subit le pays — une trajectoire qui traduit une défiance croissante et persistante des marchés à l'égard de la signature sénégalaise. Pour justifier cette dégradation à Caa2 — une catégorie qui traduit un risque de crédit très élevé —, Moody's explique que sa décision « reflète un risque de défaut plus élevé » pouvant résulter de tensions de liquidité persistantes ou d'un traitement de la dette destiné à les atténuer. En clair, l'agence estime que le risque que le Sénégal rencontre des difficultés à honorer ou à refinancer sa dette a augmenté. Moody's évoque également l'accroissement des risques de refinancement et le maintien du poids de la dette à un niveau élevé. Malgré les progrès enregistrés dans les discussions avec le FMI, l'agence souligne que l'absence prolongée de financements concessionnels et d'un ancrage budgétaire contraint le Sénégal à dépendre davantage des marchés financiers régionaux pour refinancer ses échéances de dette.
L'agence de notation estime, par ailleurs, que le risque de liquidité publique est aigu. Les besoins de financement sont notamment couverts par des emprunts sur les marchés régionaux, tandis que l'accès aux marchés internationaux des capitaux demeure prohibitif. « Cette structure de financement a accru le risque de refinancement, affaibli la capacité du Sénégal à supporter le coût de sa dette (les paiements d'intérêts passant de 16,1% en 2023 à 23,7% des recettes) et complexifié la structure de la dette par le recours à des financements adossés à des garanties, ce qui pourrait compliquer tout traitement ultérieur de la dette », relève l'agence de notation. Ce bond des paiements d'intérêts — passés de 16,1% à 23,7% des recettes de l'État en l'espace de deux ans — illustre à lui seul l'ampleur de l'étau financier qui se resserre progressivement sur les finances publiques sénégalaises. Concernant la perspective négative maintenue,
Moody's
reconnaît la volonté du gouvernement de réduire davantage le déficit. Mais l'agence souligne que plusieurs facteurs limitent cet ajustement budgétaire, notamment les pressions sociales, les tensions politiques et institutionnelles, une croissance plus faible que prévu et le niveau élevé des subventions, notamment énergétiques. Moody's avertit ainsi qu'un ajustement budgétaire moins important que prévu accentuerait les tensions de liquidité et compromettrait la viabilité de la dette — une manière, pour l'agence, de ne pas fermer la porte à un nouveau coup de rabot dans les mois à venir si la trajectoire budgétaire ne s'améliore pas de façon convaincante. À chaque dégradation, Dakar a jusqu'ici opposé une réponse ferme, dénonçant des analyses jugées « spéculatives, subjectives et biaisées » et rejetant une évaluation qui ne refléterait, selon le ministère des Finances et du Budget, ni la réalité des fondamentaux économiques du pays ni les efforts engagés pour consolider la stabilité budgétaire. Reste à savoir si cette nouvelle sanction, qui rapproche un peu plus le Sénégal de la catégorie des émetteurs à très haut risque, suscitera une réplique similaire des autorités.
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