Lèpre au Sénégal : une hausse des cas qui interroge malgré les progrès enregistrés
La région de Fatick a enregistré 26 cas de lèpre entre 2021 et 2025, avec une nette accélération en 2025. Le bilan national atteint 285 cas. Analyse d'une L’article Lèpre au Sénégal : une hausse des cas qui interroge malgré les progrès enregistrés est apparu en premier sur Les Afriques .
La lèpre n’a pas dit son dernier mot au Sénégal. Alors que les autorités sanitaires affichent un bilan globalement positif sur le long terme, les chiffres récemment rendus publics dans la région de Fatick révèlent une tendance qui mérite attention : une progression continue du nombre de cas détectés depuis 2021, avec une accélération marquée en 2025. Une réalité que le discours officiel tend à relativiser, mais que les données elles-mêmes contredisent partiellement.
Fatick : une progression continue sur quatre ans
C’est lors d’une réunion du Comité régional de développement (CRD) tenue à Fatick que le Dr Ndiaga Guèye, coordonnateur du Programme national de lutte contre la lèpre, a livré un bilan détaillé pour la région. Selon les données qu’il a présentées, la région a enregistré 26 cas entre 2021 et 2025 : trois en 2021, trois en 2022, cinq en 2023, sept en 2024 et dix en 2025. La courbe est sans ambiguïté ascendante.
Ces cas sont répartis sur plusieurs localités du département de Fatick — Diakhao, Djiffior, Foundiougne, Gossas, Niakhar, Passy et Sokone —, ce qui indique une dissémination géographique non négligeable au sein d’une même région. Le fait que dix cas aient été détectés sur la seule année 2025, soit près de 40 % du total cumulé sur cinq ans, constitue un signal que les acteurs locaux de santé publique ne peuvent ignorer.
285 cas nationaux en 2025 : dépistage intensifié ou recrudescence réelle ?
À l’échelle nationale, le Dr Guèye a fait état de 285 cas enregistrés en 2025. Il attribue cette hausse à l’intensification des campagnes de dépistage de masse, notamment dans les anciens foyers de la maladie et dans des zones qualifiées de « chaudes » : Dakar, Thiès, Diourbel et Kaolack, qui concentrent à elles seules environ 80 % des nouveaux cas recensés cette année.
Cette explication mérite d’être interrogée avec soin. L’augmentation du nombre de cas détectés peut effectivement refléter un meilleur accès au diagnostic plutôt qu’une aggravation épidémiologique. Mais elle peut aussi révéler un réservoir de cas non traités qui persistait jusqu’alors sous les radars. La distinction entre ces deux scénarios est fondamentale pour orienter la réponse sanitaire — et le communiqué de l’APS ne permet pas de trancher définitivement en faveur de l’un ou de l’autre.
Un seuil officiellement dépassé, mais une maladie omniprésente
Le coordonnateur du programme se veut rassurant sur un point précis : le Sénégal a atteint le seuil de moins d’un cas pour 10 000 habitants, critère retenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour ne plus considérer la lèpre comme un problème de santé publique. Une étape qui témoigne des efforts consentis par le pays et ses partenaires au fil des décennies.
Mais le Dr Guèye lui-même tempère aussitôt cette bonne nouvelle : la maladie est « toujours là, pratiquement dans toutes les régions du Sénégal ». Cette précision est loin d’être anodine. Franchir un seuil statistique ne signifie pas éradiquer une maladie. La lèpre reste une réalité vécue par des individus et des communautés, notamment dans des villages comme Sowane — un ancien lieu de reclassement des personnes atteintes, situé dans la commune de Diouroup —, dont les populations ont fait l’objet d’une collecte de données et d’évaluations présentées lors du même CRD.
Le PRCAL : un programme de résilience communautaire à suivre
La réunion de Fatick avait notamment pour objet la présentation du Programme de résilience des communautés affectées par la lèpre (PRCAL). Ce programme, dont les contours précis ne sont pas détaillés dans les informations disponibles, semble viser à accompagner les populations historiquement touchées par la maladie — y compris celles issues d’anciens villages de reclassement — dans une dynamique de réintégration et de développement.
L’existence même de ce programme rappelle que la lèpre ne se réduit pas à une question médicale. Les personnes atteintes ou guéries font face à des stigmates sociaux et économiques durables, qui peuvent s’étendre à leurs familles et à leurs communautés. La prise en compte de cette dimension est un signal positif, mais les résultats concrets du PRCAL restent à documenter dans le temps.
Ce que les chiffres ne disent pas encore
Plusieurs questions restent en suspens après cette annonce. D’abord, quelle est la situation des personnes diagnostiquées ? Ont-elles toutes accès au traitement — la polychimiothérapie, fournie gratuitement par l’OMS — en temps utile ? Le communiqué ne le précise pas. Ensuite, parmi les nouveaux cas de 2025, combien présentent des incapacités visibles, indicateur clé de la précocité du diagnostic ? Une détection tardive augmente le risque de séquelles irréversibles.
Par ailleurs, si Dakar, Thiès, Diourbel et Kaolack concentrent la majorité des cas nationaux, cela soulève des questions sur les dynamiques urbaines et péri-urbaines qui pourraient favoriser la transmission dans des contextes de densité, de mobilité et de précarité.
Année Cas détectés (Fatick) 2021 3 2022 3 2023 5 2024 7 2025 10
Total
26
Mise en perspective
Les données présentées par le Programme national de lutte contre la lèpre, relayées par l’APS, illustrent une tension classique dans la communication sanitaire : comment annoncer une progression des chiffres sans alimenter la panique, tout en maintenant la vigilance nécessaire ? La réponse du Dr Guèye — attribuer la hausse au dépistage plutôt qu’à une recrudescence — est plausible, mais pas encore vérifiée de manière indépendante.
Ce qu’il faudra suivre dans les prochains mois : l’évolution du nombre de cas au niveau national en fin d’année 2025, les résultats concrets du PRCAL dans les communautés ciblées, et la capacité du système de santé à maintenir un dépistage actif sans que les cas traités ne soient perdus de vue. La lèpre est une maladie curable. Sa persistance au Sénégal, même à des niveaux bas, reste un révélateur des inégalités d’accès aux soins dans certaines zones rurales.
Questions fréquentes
La lèpre est-elle encore considérée comme un problème de santé publique au Sénégal ?
Selon le Dr Ndiaga Guèye, coordonnateur du Programme national de lutte contre la lèpre, le Sénégal a atteint le seuil de moins d’un cas pour 10 000 habitants fixé par l’OMS, ce qui signifie que la maladie n’est officiellement plus classée comme problème de santé publique. Le coordonnateur lui-même souligne toutefois qu’elle reste présente dans presque toutes les régions du pays.
Pourquoi le nombre de cas détectés augmente-t-il en 2025 ?
Les autorités sanitaires attribuent cette hausse à l’intensification des campagnes de dépistage de masse, en particulier dans les anciens foyers et les zones à forte concentration de cas. Une augmentation des détections ne traduit pas nécessairement une aggravation de l’épidémie, mais peut aussi refléter des cas qui n’avaient pas encore été identifiés.
Qu’est-ce que le PRCAL mentionné lors de la réunion de Fatick ?
Le Programme de résilience des communautés affectées par la lèpre (PRCAL) a été présenté lors du Comité régional de développement de Fatick. Il vise à accompagner les personnes et communautés historiquement touchées par la maladie, notamment les populations d’anciens villages de reclassement comme Sowane. Ses modalités précises et ses résultats restent à documenter.
La lèpre est-elle une maladie curable ?
Oui. La lèpre se traite efficacement grâce à la polychimiothérapie, un traitement combiné fourni gratuitement par l’Organisation mondiale de la santé. Un diagnostic précoce permet d’éviter les séquelles et les incapacités permanentes, ce qui rend les campagnes de dépistage d’autant plus cruciales.
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- 1,277 words · 6 min read
- Published
- September 25, 2026
- Byline
- Moussa D.
- Source
- Les Afriques