
Un communiqué signé « les 4 branches majoritaires de la famille Castel » vient de tomber ce 28 août 2026, et il change la donne. Pendant des mois, la presse a suivi les procédures judiciaires initiées par Romy Castel sans jamais entendre le reste de la famille. Cette fois, le silence est rompu. Le message est clair, net, presque cinglant.
Le document est sobre, deux pages, mais chaque phrase pèse son poids. Les signataires rappellent d’abord un fait juridique simple, le Groupe Castel appartient à un fonds de droit singapourien dont les parts se répartissent en cinq branches familiales égales, vingt pourcents chacune. Une architecture patrimoniale voulue par Pierre Castel lui-même, précisément pour qu’aucune branche ne prenne l’ascendant sur les autres.
Or Romy Castel, selon ce texte, ne représente qu’une seule de ces cinq branches. Pourtant, ses déclarations dans la presse et devant les instances judiciaires ont souvent laissé penser le contraire, quand elles ne suggéraient pas une légitimité plus large qu’elle n’en a réellement. Difficile de ne pas y voir une tentative de peser au-delà de son poids réel dans la gouvernance du groupe.
Les quatre branches restantes affirment avoir choisi, jusqu’ici, la discrétion. Par souci de préserver le Groupe, ses collaborateurs, ses partenaires, de toute controverse susceptible de nuire à son fonctionnement. Un silence stratégique, en somme, rompu seulement parce que la multiplication des articles de presse rendait la situation intenable.
Ce qui frappe dans ce communiqué, c’est moins l’attaque frontale que la volonté affichée de sécuriser la direction. Les quatre branches majoritaires réaffirment leur attachement à la continuité du management actuel. Elles souhaitent, disent-elles, que la direction conserve sa capacité à exercer pleinement et sereinement ses responsabilités.
Le chiffre est lourd pour Romy Castel, une voix contre quatre, dans une bataille qui se joue autant sur le terrain judiciaire que dans l’opinion publique. Difficile d’imaginer une désaveu plus frontal entre membres d’une même famille propriétaire d’un empire agroalimentaire et brassicole présent sur plusieurs continents.
Mais le texte évite soigneusement tout excès. Pas d’attaque personnelle nommée, pas de règlement de comptes public. Juste un rappel des équilibres statutaires, et un appel, presque paternaliste, à ce que les cinq branches retrouvent une relation harmonieuse. On ne sait pas encore si cet appel sera entendu.
Le Groupe Castel n’est pas une PME familiale isolée dans un coin de France. C’est un empire qui pèse sur des filières entières en Afrique, notamment via sa marque Castel Bière et ses participations dans des groupes sucriers comme Somdia, présent au Cameroun à travers la Sosucam. Une instabilité prolongée à la tête de la gouvernance familiale finit toujours par se répercuter sur les filiales opérationnelles, les investissements, les décisions stratégiques.
C’est un point que les observateurs du secteur agroalimentaire africain surveillent de près. Une bataille de succession mal gérée peut fragiliser des décennies de stabilité industrielle, avec des conséquences sur l’emploi local et les investissements.
On attendait mieux, sans doute, qu’une querelle familiale s’étale ainsi sur la place publique pendant des mois. Mais le communiqué du 28 août a au moins le mérite de la clarté. Quatre branches sur cinq viennent de fixer une ligne rouge, et personne ne pourra dire qu’elles ne l’ont pas fait savoir.