Réseaux sociaux et communication politique : Le CSCA appelle à renforcer la régulation numérique
**L’étude offre une analyse des plateformes sociales en tant qu’espace d’expression mais aussi terrain fertile pour la désinformation, la manipulation algorithmique et la polarisation politique. **
Démocratie numérique : Entre opportunités d’expression citoyenne et menaces sur la qualité du débat public, les réseaux sociaux redessinent les contours de la communication politique au Maroc. Une nouvelle étude du groupe de travail « Régulation et médias numériques » du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) met en lumière les apports démocratiques de ces plateformes, tout en alertant sur les risques liés à la désinformation, aux logiques algorithmiques et à la polarisation.
Les réseaux sociaux ont profondément transformé la communication politique au Maroc en ouvrant de nouveaux espaces d’expression, de mobilisation et de participation citoyenne. Une dynamique qui s’accompagne de risques croissants liés à la désinformation, à la polarisation algorithmique et à l’influence opaque des plateformes numériques. Il s’agit là des principaux constats qui ressortent de la nouvelle publication du groupe de travail « Régulation et médias numériques » présidé par Narjis Rerhaye au sein du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA). L’étude passe en revue les mobilisations citoyennes ici et ailleurs et qui ont fait des réseaux sociaux des places publiques. Une analyse des plateformes sociales en tant qu’espace d’expression mais aussi terrain fertile pour la désinformation, la manipulation algorithmique et la polarisation politique est également proposée. « La thématique des réseaux sociaux et démocratie au Maroc s’impose à nous au regard du développement vertigineux des nouvelles technologies. Des défis majeurs liés à la qualité du débat démocratique se posent. Dans le même temps, la désinformation et la manipulation algorithmique représentent une véritable menace et autant de points noirs qui risquent d’affaiblir le débat démocratique ou fausser la perception de réalités politiques », explique Mme Rerhaye tout en mettant en garde contre une démocratie sous algorithmes, l’opacité des algorithmes et la concentration du pouvoir entre les mains des grandes plateformes. Autant de facteurs qui posent le problème de transparence et de contrôle citoyen. «La régulation de la transparence, l’éducation au numérique et la diversification des sources d’information constituent des pistes de réponses indispensables» , fait valoir la membre du CSCA.
Trois impératifs à prendre en compte
Dans cette étude, le CSCA plaide pour trois paradigmes. Citons en l’occurrence l’éducation et la culture numériques, la régulation des plateforme et le renforcement de la gouvernance numérique. S’agissant du volet éducatif, le Conseil recommande l’introduction des modules de citoyenneté numérique dès le collège et le lycée pour que les élèves apprennent à vérifier les sources, reconnaître les biais cognitifs et débattre de manière constructive. Il est également question de former les enseignants en développant des compétences pédagogiques pour encadrer l’usage des réseaux sociaux et sensibiliser aux risques de polarisation. L’initiation des actions de sensibilisation est également de mises en vue de toucher l’ensemble des génération et réduire réduire les inégalités d’accès à l’éducation numérique. Parmi les recommandations figure l’introduction des réseaux sociaux dans la réflexion démocratique en vue de repenser la participation, la transparence et la responsabilité numérique. Pour ce qui est de la régulation des plateformes, le CSCA exige un devoir de transparence et de modération sur le modèle du Digital Services Act. «Les plateformes doivent avoir l’obligation d’expliquer leurs mécanismes de sélection des contenus» , peut-on lire dans ce sens. Un appel à la responsabilité et à l’adaptation est également lancé à ce propos. Ceci passe par l’institution d’une publication régulière de données spécifiques au marché marocain ainsi qu’à un investissement dans la modération contextualisée en recrutant et en formant des équipes nationales et ce pour être en phase avec les utilisateurs marocains. En ce qui concerne la gouvernance numérique, le Conseil plaide pour la régulation de la diffusion de contenus polarisants, la lutte contre la désinformation et la protection les droits numériques des citoyens. Il propose également l’intégration numérique régionale à travers la promouvoir d’une coopération renforcée avec l’Afrique et la région MENA. La finalité étant d’établir des cadres réglementaires communs et de défendre la souveraineté numérique face aux géants du web.
Facebook, un espace central d’échange et de proximité
L’étude a également examiné la présence numérique des partis politiques dans quatre réseaux sociaux, à savoir Facebook, X, YouTube et Tik Tok, ainsi que leurs sites web respectifs. L’objectif étant de procéder à une lecture de la dynamique digitale des partis politiques marocains représentés au parlement à l’issue des élections législatives du 8 septembre 2021. Il ressort que Facebook se positionne comme étant un espace central d’échanges et de proximité citoyenne. Pour sa part, Tik Tok s’impose comme un vecteur de visibilité virale auprès des jeunes générations, au moment où YouTube offre un potentiel narratif et explicatif encore insuffisamment exploité. La plateforme X se distingue, quant à elle, par sa réactivité et sa capacité à relayer rapidement des messages dans l’espace médiatique, tandis que les sites web conservent une fonction institutionnelle et de référence officielle, sans réelle attractivité citoyenne.
Rappelons que l’échantillonnage a été constitué de 12 partis politiques avec un périmètre délimité de janvier à mai 2026 permettant ainsi une analyse dans un contexte préservé de l’effervescence électorale. Ainsi, 2651 publications postées sur les pages officielles de 12 partis représentés au Parlement ont été examinés sur Facebook. De même, 925 vidéos publiées sur les comptes de 6 partis utilisant Tik Tok ont été répertoriées. A ces données s’ajoutent, l’analyse de 507 vidéos publiées par 5 partis présents sur YouTube et 1012 posts publiés par 4 partis répertoriés sur X. Il est à noter que cette publication s’inscrit dans la continuité des travaux initiés par le groupe de travail «Régulation et médias numérique». Parmi les publications phares du groupe on cite «Etre connecté en toute sécurité : pour un usage averti du numérique par les jeunes publics» en 2021 et «Le guide de la lutte contre la désinformation : références, pratiques et outils» en 2022 ainsi que l’étude «Intelligence artificielle et production audiovisuelle et numérique au Maroc- Les effets d’un bouleversement technologique» en 2024 et une bande dessinée «Violences numériques : briser le silence en BD» parue en 2025.
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About this article
- Length
- 1,018 words · 5 min read
- Published
- October 6, 2026
- Byline
- Kawtar Tali
- Source
- Aujourd'hui