
Annoncée à grand renfort de communication, la future méga-raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote au Kenya est un projet majeur. […] L’article Le milliardaire nigérian Aliko Dangote va-t-il se briser les dents ? est apparu en premier sur Connectionivoirienne .
Annoncée à grand renfort de communication, la future méga-raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote au Kenya est un projet majeur. L’homme est actuellement en pleine levée de fonds pour cet investissement d’un coût estimé entre 15 et 17 milliards de dollars US (certaines projections tablent sur 20 milliards). Il n’a jamais donné le coût exact, disant simplement qu’il sera comparable à celui de sa première méga-raffinerie à Lagos, qui a coûté 20 milliards de dollars. La structure du capital a été dévoilée, et les choses peuvent ne pas s’emboîter aussi facilement qu’on peut le penser.
Le capital sera financé à hauteur de 30 % par des fonds propres et 70 % par des emprunts et obligations. Le milliardaire a proposé aux investisseurs privés et aux États de la région d’Afrique de l’Est de financer les 30 % de fonds propres (environ 1,5 milliard de dollars, soit 1,3 milliard d’euros) sous forme d’une prise de participation au projet. Le Kenya, pays qui accueille la raffinerie, a annoncé son intention de financer 10 % de ces fonds (environ 500 millions de dollars). Selon la presse, le Rwanda (?) et l’Éthiopie auraient manifesté de « l’intérêt ».
Mais les choses sont plus compliquées que cela. D’abord, au Kenya, la prise de participation de 500 millions de dollars (environ 282 milliards de FCFA) par l’État ne fait pas l’unanimité. Ensuite, on notera que la Tanzanie, l’autre grande puissance de la zone, ne s’est pas manifestée. Elle avait été choisie au départ pour abriter la méga-raffinerie avant que Dangote, dans un revirement, n’opte finalement pour le Kenya. Aussi, la Tanzanie s’est associée à l’Ouganda et à l’entreprise suisse VITOL, géant mondial dans le trading de pétrole, pour développer le Tanga Regional Energy Hub-TREH.
Le TREH est un ambitieux projet de 20 milliards de dollars, comprenant une raffinerie, un terminal de stockage, des infrastructures portuaires et un pipeline vers l’Ouganda. Du pétrole a été découvert dans le lac Albert en Ouganda. La Tanzanie est sur le tracé de l’oléoduc qui doit acheminer ce pétrole vers l’océan Indien. C’est cet argument qui avait préalablement amené Dangote à préférer la Tanzanie au Kenya, avant qu’il ne change d’avis. Le projet tanzanien doit aussi lever des financements en Afrique de l’Est, ce qui peut compliquer la levée de fonds de Dangote. Si l’Éthiopie et le Soudan du Sud optent pour son projet, le Rwanda, le Burundi, le Malawi et la Zambie sont pour le projet tanzanien.
Les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là pour Dangote. Le groupe émirati Alpha MBM envisage une raffinerie en Ouganda. L’accord a été signé en 2025 et le projet avance. Contrairement aux deux autres, son financement est prêt. La raffinerie traitera 60 000 barils par jour, contre 250 000 barils pour le projet tanzanien et 700 000 pour la méga-raffinerie de Dangote. Celle-ci n’aura donc pas le monopole en Afrique de l’Est dans la vente de carburant.
Concernant sa méga-raffinerie de Lagos, il a levé en juillet dernier 2,5 milliards de dollars en cédant une partie du capital. Il envisage une introduction en bourse pour lever plus de fonds pour son extension et en faire « la plus grande du monde » à l’horizon 2028. Si le dynamisme de l’homme le plus riche d’Afrique est à saluer, sa démarche semble précipitée. Inaugurée en mai 2023, la méga-raffinerie de Lagos a deux ans, un temps un peu court pour consolider son assise, même si les chiffres sont prometteurs. Il faut attendre la maturité dans son activité avant de songer à l’ouverture d’une seconde. Or Dangote veut ouvrir une autre méga-raffinerie et, dans le même temps, agrandir la première !!!
Les projets de raffinerie se multiplient en Afrique, même s’ils sont de petite taille, ce qui laisse augurer d’une féroce concurrence sur le continent. En Europe, le basculement dans le tout-électrique au niveau de l’automobile se profile. Aux États-Unis et en Chine, il en sera inévitablement question. Le moteur à combustion est condamné à disparaître. Ainsi, la demande mondiale en carburant est condamnée à une baisse structurelle irréversible. Les méga-raffineries sont-elles un modèle viable à long terme ? Aliko Dangote va-t-il finir par se briser les dents ? Son pari est risqué.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales
Follow the story