Lutte contre la chicha : huit prévenus condamnés à une amende, cinq relaxés

Treize personnes poursuivies pour des faits présumés de détention, de consommation ou de commercialisation de chicha ont comparu, ce lundi 12 octobre 2026, devant le Tribunal de première instance de Dixinn. Après plusieurs heures de débats, le tribunal a condamné huit d’entre elles à une amende de 500 000 francs guinéens chacune. Les cinq autres ont été renvoyées des fins de la poursuite pour délit non constitué.
Cette audience s’inscrit dans la série de procès engagés au tribunal de Dixinn depuis le lancement des opérations visant à faire respecter l’interdiction de la chicha en Guinée. Il s’agit du troisième groupe de prévenus à comparaître dans ce cadre. Interpellés dans différents quartiers de la capitale, les mis en cause ont livré des récits parfois contradictoires, contestant pour la plupart avoir consommé ou vendu ce produit au moment des faits.
Le parquet leur reprochait notamment des faits liés à la détention, à la consommation et à la commercialisation de chicha dans un établissement présenté comme un « bar chicha lounge ». Les poursuites reposaient sur les articles 1 et 2 du communiqué conjoint de janvier 2021 portant interdiction de la chicha, ainsi que sur les dispositions de la réglementation guinéenne relative au tabac.
Face au tribunal, les explications se sont succédé. Plusieurs prévenus ont assuré qu’ils se trouvaient dans l’établissement pour un anniversaire, une sortie entre amis ou simplement pour acheter une boisson. Tous n’ont toutefois pas décrit les mêmes circonstances, et certains ont reconnu avoir consommé de la chicha par le passé, tout en affirmant avoir abandonné cette pratique.
Sany Bangoura, commerçante domiciliée à Dapompa, a nié avoir détenu ou consommé de la chicha lors de son interpellation. Elle a également indiqué ne pas connaître avec précision les objets saisis par les agents. Elle a néanmoins maintenu que des accessoires de chicha se trouvaient dans l’établissement, comme elle l’avait déjà déclaré au cours de l’enquête préliminaire.
Maferein Keïta, couturière domiciliée à Belle-Vue, a expliqué qu’elle s’était rendue sur place avec des connaissances pour prendre part à un anniversaire. Mariam Sony Camara, serveuse domiciliée à Ratoma, a livré une version similaire. Selon elle, le groupe venait tout juste d’arriver lorsque les agents ont investi les lieux.
« On était assises, on n’avait rien commandé », a-t-elle affirmé à la barre. Elle a précisé qu’une amie l’avait invitée à sortir ce soir-là et qu’elle ne s’attendait pas à être interpellée.
Sira Fofana, élève domiciliée à Kipé, a elle aussi contesté avoir fumé de la chicha au cours de cette sortie. Elle a toutefois reconnu en avoir consommé auparavant, avant d’affirmer avoir arrêté après être tombée malade.
Du côté des personnes présentées comme liées au fonctionnement de l’établissement, les explications ont surtout porté sur la poursuite ou non de la vente depuis l’interdiction. Mamadou Bailo Bah, qui affirme avoir été interpellé derrière le comptoir alors qu’il vendait des jus, a catégoriquement nié que la chicha y soit encore commercialisée.
« Depuis l’interdiction, on n’a jamais vendu la chicha là-bas », a-t-il déclaré. Selon lui, les accessoires avaient été retirés de l’établissement.
Habib Diallo, présenté comme le gérant d’une boîte de nuit située à Kipé, a également contesté toute vente de chicha le jour de l’intervention. Il a expliqué avoir demandé à son patron de faire évacuer les accessoires après que des clients l’avaient interrogé sur les mesures d’interdiction.
Moussa Camara a, pour sa part, reconnu avoir fumé de la chicha dans le passé, mais assure avoir cessé depuis l’entrée en vigueur de la mesure. D’après son récit, il avait rejoint un ami aux environs de minuit. Alors qu’ils discutaient à l’extérieur, il lui aurait proposé d’entrer dans l’établissement.
Quelques minutes plus tard, les agents seraient arrivés et auraient saisi des accessoires de chicha près du comptoir, avant d’embarquer les personnes présentes.
Ousmane Tolo Soumah a soutenu que les bouteilles se trouvaient dans un magasin. Il a expliqué avoir demandé au gérant d’ouvrir l’établissement afin d’y célébrer l’anniversaire de sa cousine. Abdoulaye Condé a, de son côté, affirmé qu’il se trouvait dehors avec un proche lorsque les agents sont intervenus.
Lanciné Kanté, connu sous le surnom de Neymar, a également nié avoir commandé ou consommé de la chicha. Il a néanmoins reconnu que des amis présents sur place avaient commencé à en préparer une au moment de l’arrivée des agents. Il a insisté sur le fait que, selon lui, le produit n’était plus vendu au public comme auparavant.
Fodé Aly Oularé a déclaré s’être rendu dans la boîte de nuit pour acheter une boisson alcoolisée.
Mohamed Soumah a, quant à lui, affirmé avoir été interpellé seul à Ratoma alors qu’il se dirigeait vers une animation musicale. Tous deux ont contesté les faits de consommation qui leur étaient reprochés.
Le parquet demande des sanctions adaptées aux faits reprochés
À l’issue des auditions, le tribunal est passé aux réquisitions et aux plaidoiries. Le ministère public a rappelé les dispositions légales applicables avant d’examiner la situation de chaque prévenu.
Pour le parquet, les éléments du dossier ne permettaient pas de retenir les mêmes responsabilités contre l’ensemble des personnes poursuivies. Il a donc demandé au tribunal de tenir compte du degré d’implication de chacun, en distinguant les cas dans lesquels les faits lui paraissaient établis de ceux pour lesquels les charges étaient insuffisantes.
Le ministère public a ainsi requis la relaxe de cinq prévenus. Pour les autres, il a proposé des amendes comprises entre 500 000 et deux millions de francs guinéens.
Les débats se sont prolongés jusque tard dans la nuit. Dans une salle d’audience particulièrement remplie, comme lors des précédentes comparutions liées à la chicha, les prévenus ont attendu le verdict dans le calme. L’inquiétude était toutefois perceptible chez certains d’entre eux. Plusieurs ont levé les yeux au ciel et tendu les mains vers le haut, dans une attitude qui semblait traduire leur appréhension.
Puis, après quelques minutes de silence, le juge a rendu sa décision.
Cinq prévenus relaxés, huit condamnés
Dans son délibéré, le tribunal a renvoyé des fins de la poursuite pour délit non constitué Fodé Aly Oularé, Mohamed Soumah, Maferein Keïta, Sany Bangoura et Abdoulaye Condé.
Les huit autres prévenus, à savoir Ousmane Tolo Soumah, Habib Diallo, Mariam Sony Camara, Mamadou Bailo Bah, Lanciné Kanté, Mohamed Bangoura, Moussa Camara et Sira Fofana, ont chacun été condamnés à une amende de 500 000 francs guinéens.
Le montant retenu pour chacun des condamnés est inférieur aux sanctions allant jusqu’à deux millions de francs guinéens réclamées par le parquet. La décision marque ainsi l’issue de cette troisième série de comparutions devant le tribunal de Dixinn dans le cadre de la campagne contre la chicha.
Les autorités guinéennes poursuivent leurs opérations contre la détention, la consommation et la commercialisation de ce produit, interdit depuis janvier 2021. Depuis le lancement de cette campagne, plusieurs personnes ont déjà été présentées devant la juridiction de Dixinn pour des faits présumés liés à la chicha.
L’article Lutte contre la chicha : huit prévenus condamnés à une amende, cinq relaxés est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.
Follow the story
About this article
- Length
- 1,171 words · 6 min read
- Published
- October 13, 2026
- Byline
- Amadou Dioulde Diallo
- Source
- Guinee360