Ituri : à Plaine Savo, 76 000 déplacés face aux violences, à la faim, au manque d’eau et à Ebola
Ituri : à Plaine Savo, 76 000 déplacés face aux violences, à la faim, au manque d’eau et à Ebola Danny Ntumba mer 09/09/2026 - 16:15
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Over 76,000 displaced people in Plaine Savo, Ituri, face violence, hunger, water shortages, and an Ebola outbreak amid deteriorating humanitarian conditions.
À Plaine Savo, près de Fataki, dans le territoire de Djugu, quelques 76 000 personnes déplacées vivent dans des conditions humanitaires particulièrement préoccupantes. Fuyant les violences armées, ces populations restent largement privées de leurs moyens de subsistance, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé. À cette situation s’ajoute désormais la menace d’Ebola, avec trois cas confirmés détectés sur le site.
Le site accueille principalement des familles ayant fui les violences dans plusieurs localités environnantes. Parmi elles figure Antoinette, 60 ans, déplacée de Bule après les affrontements de décembre dernier entre la Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).
« Nos maisons ont été incendiées. Le jour où nous sommes partis, il y avait des tirs partout », témoigne cette femme, qui vit depuis huit mois dans un abri de fortune.
Pris au piège par l’insécurité
À leur arrivée à Plaine Savo, plusieurs familles ont passé près de deux semaines sans abri ni bâche avant de construire de petites huttes avec du bois, du plastique et de la paille.
Depuis, les conditions de vie ont peu évolué. Le site demeure fortement surpeuplé et l’insécurité à ses alentours continue de limiter les déplacements. Beaucoup de personnes n’osent toujours pas rejoindre leurs champs, les marchés ou certains points d’eau, ce qui les prive de leurs principales sources de revenus et d’alimentation.
L’accès humanitaire reste lui aussi difficile. Selon Médecins sans frontières (MSF), seules deux distributions alimentaires ont eu lieu depuis décembre, laissant les familles dépendantes d'une aide irrégulière.
« Les vivres sont épuisés et nous attendons toujours la prochaine distribution. Nous avons presque rien à manger et les enfants souffrent », déplore Antoinette.
Cette dépendance à l’aide humanitaire est directement liée à l’insécurité : lorsque les habitants ne peuvent pas cultiver, ils perdent leur capacité à produire leur propre nourriture.
La violence jusque dans le camp
La crise sécuritaire se traduit également dans les statistiques du poste de santé installé par MSF sur le site en février 2026.
Au cours des six derniers mois, une moyenne de 60 survivant(e)s de violences sexuelles ont été pris(es) en charge chaque mois. Par ailleurs, environ sept personnes blessées par balle ou par arme blanche sont soignées chaque semaine.
Dans la plupart des cas, les agressions ou les blessures surviennent lorsque les habitants tentent de sortir du site. À cela s'ajoute la malnutrition : environ neuf cas sont admis chaque semaine dans le poste de santé. Pour Alphonsine, infirmière superviseure à MSF, la situation alimentaire est directement liée à l’insécurité.
« Si nous étions davantage en sécurité, la population pourrait cultiver et nous ne serions pas confrontés à la faim », a-t-elle déclaré.
L’eau potable reste une urgence
Le manque d’eau propre constitue un autre défi majeur pour les habitants de Plaine Savo. À l’arrivée des équipes médicales, des maladies telles que la diarrhée, la gale, la fièvre typhoïde et certaines infections parasitaires se propageaient rapidement dans le site, dans un contexte marqué par l’insuffisance des infrastructures sanitaires et de l’eau potable.
MSF fournit actuellement de l’eau par camion-citerne. L’organisation indique notamment que l’eau est acheminée depuis une rivière située à environ cinq kilomètres du site, avant d’être traitée et distribuée à la population. Neuf nouveaux forages sont également en cours de réalisation. Mais les besoins restent largement supérieurs aux capacités disponibles.
Ebola, une nouvelle menace pour un camp déjà vulnérable
La situation sanitaire est devenue encore plus préoccupante avec l’épidémie d’Ebola déclarée en mai par les autorités nationales. À Plaine Savo, trois cas confirmés ont déjà été détectés. Tous ont été référés précocement vers l’Hôpital général de référence de Fataki, où ils ont été diagnostiqués et pris en charge avec l’appui de MSF.
Le risque inquiète particulièrement les habitants en raison de la forte promiscuité dans le site. Certains abris de fortune sont séparés de moins d’un demi-mètre, ce qui pourrait favoriser une propagation rapide de la maladie en cas de transmission communautaire importante.
La menace est d’autant plus préoccupante que les structures sanitaires de la zone sont déjà sous pression. À l’Hôpital général de référence de Fataki, MSF a mis en place une unité de traitement Ebola d’une capacité initiale de 24 lits, qui doit être portée à 32 lits. Au cours des derniers mois, 36 cas confirmés y ont été transférés et admis.
L’accès aux soins sauve des vies
Malgré ces difficultés, certaines interventions permettent de réduire les conséquences de la crise. Pour les patients nécessitant des soins spécialisés ou une intervention chirurgicale, une ambulance de MSF assure désormais leur transfert de Plaine Savo vers l’hôpital de Fataki, situé à environ 15 kilomètres par route.
Cette évacuation est particulièrement importante pour les personnes blessées par balle ou par arme blanche ainsi que pour les femmes enceintes nécessitant des soins urgents. Selon le personnel médical, cette possibilité d’évacuation a contribué à éviter de nouveaux décès maternels dans le camp.
Une réponse humanitaire jugée encore insuffisante
Depuis février, MSF intervient notamment dans les soins de santé primaire, la prise en charge de la malnutrition, les violences sexuelles ainsi que dans les activités d’eau, d’hygiène et d’assainissement. L’organisation a également construit 311 latrines dans le site et poursuit les travaux pour améliorer durablement l’approvisionnement en eau.
Mais pour MSF, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
L’organisation appelle notamment davantage de distributions alimentaires et d’articles essentiels, au renforcement des activités de protection et à une présence accrue des acteurs humanitaires.
Une crise qui exige une réponse urgente
À Plaine Savo, les différentes dimensions de la crise se superposent désormais : 76 000 personnes déplacées, insécurité persistante, accès limité aux champs, pénurie alimentaire, manque d’eau potable, violences sexuelles, malnutrition et apparition de cas d’Ebola. La menace sanitaire vient ainsi aggraver une situation humanitaire déjà fragile.
Pour les habitants, la priorité reste pourtant simple : pouvoir vivre en sécurité, accéder à l’eau et à la nourriture et retrouver la possibilité de cultiver leurs champs. Mais tant que l’insécurité continuera à limiter leurs mouvements et que l’aide humanitaire restera insuffisante, les populations déplacées de Plaine Savo resteront exposées à une double vulnérabilité : celle des violences et celle des conséquences sanitaires et humanitaires qu’elles entraînent.
Joël Heri Budjo
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- Length
- 1,038 words · 5 min read
- Published
- September 9, 2026
- Byline
- Danny Ntumba
- Source
- Congorassure