68 ans de l’indépendance de la Guinée : un dialogue franco-guinéen sur le retour des restes humains et des biens culturels

En prélude à la célébration du 68e anniversaire de l’indépendance de la République de Guinée, le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, en collaboration avec l’ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone, a organisé, ce mardi 29 septembre 2026 à Conakry, un panel intergénérationnel autour du thème : « Le retour des ancêtres : Mémoire, Dignité, Transmission ».
La rencontre s’est tenue en présence de Son Excellence Jean-Luc Martinez, ancien directeur du musée du Louvre et ambassadeur de France chargé de la coopération internationale dans le domaine du patrimoine.
Institutions, chercheurs et acteurs du patrimoine réunis
Ce panel intergénérationnel a réuni autour d’une même table des institutions, des chercheurs et des acteurs guinéens engagés dans la préservation et la valorisation du patrimoine, afin de formuler des recommandations visant à faciliter la restitution à la Guinée, par la France, des restes humains d’ancêtres guinéens et de leurs biens culturels.
Les patrimoines réclamés par la République de Guinée à la République française concernent notamment les biens de l’Almamy Samory Touré, dont son Coran et ses manuscrits, ainsi que les restes humains de l’Almamy Bocar Biro et de ses compagnons, tombés en martyrs à Porédaka.
Moussa Moïse Sylla : « Le retour de nos ancêtres et de nos biens culturels »
Dans sa prise de parole, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a déclaré :
« Nous sommes réunis aujourd’hui pour aborder l’un des chantiers mémoriels les plus cruciaux de notre République : le retour de nos ancêtres et le retour de nos biens culturels. Je tiens à saluer la présence de Son Excellence Jean-Luc Martinez, dépêché à Conakry grâce à l’entremise précieuse et agissante de M. l’ambassadeur Luc Briard. M. Martinez, M. l’ambassadeur, votre présence ici prouve que le dialogue n’est pas une chimère, mais une volonté qui est en marche. »
Le ministre a rappelé que la Guinée avait formulé deux demandes officielles de restitution à la République française.
« La première porte sur les biens de l’Almamy Samory Touré, le forgeron de l’empire du Wassoulou. La seconde, plus poignante encore, concerne les restes humains de l’Almamy Bocar Biro et de ses valeureux compagnons, tombés en martyrs à Porédaka », a-t-il précisé.
« Il s’agit d’un pan vital de notre patrimoine national »
Aux yeux de la nation guinéenne, a indiqué le ministre, « il ne s’agit pas de simples dossiers administratifs. Il s’agit d’un pan vital de notre patrimoine national. C’est l’exigence sacrée d’un retour dans la dignité de nos ancêtres ».
« Ramener ces reliques et ces dépouilles sur la terre qui les a vus naître, c’est réparer une amputation mémorielle, c’est permettre à la Guinée d’être enfin entière », a-t-il ajouté.
Cette exigence de souveraineté culturelle, selon Moussa Moïse Sylla, « ne relève pas du hasard ».
« Elle est la traduction directe de la vision de Son Excellence Mamadi Doumbouya, président de la République, chef de l’État, qui a compris que l’acier et le béton ne suffisent pas à eux seuls à bâtir une nation. Et c’est pourquoi il a érigé la culture en pilier central du programme Simandou 2040 », a-t-il déclaré.
La Guinée souhaite un calendrier « clair et précis »
Le ministre a par ailleurs indiqué que la République de Guinée attendait désormais l’établissement d’un calendrier pour l’aboutissement des deux demandes de restitution.
« La République de Guinée attend aujourd’hui l’établissement d’un calendrier clair et précis — elle en donnera quelques pistes — un calendrier qui doit être surtout resserré pour l’aboutissement de ces deux demandes de restitution. Nous ne voulons pas d’un processus qui s’enlise dans les méandres de la bureaucratie », a-t-il souligné.
Toutefois, Moussa Moïse Sylla a tenu à préciser que ces demandes ne s’inscrivent pas dans une logique de confrontation.
« Que les choses soient claires : la République de Guinée n’inscrit pas ces demandes dans une dynamique de rancœur, ni dans les querelles belliqueuses héritées de la période coloniale. La nostalgie de l’affrontement ne nous intéresse pas. Nous nous inscrivons résolument dans une dynamique de co-construction, de justice historique et de réhabilitation respectueuse de nos ancêtres », a-t-il affirmé.
Selon lui, cette démarche est d’autant plus prometteuse que « Leurs Excellences les présidents Mamadi Doumbouya et Emmanuel Macron entretiennent des relations fraternelles et salutaires ».
« Ces liens d’estime faciliteront à coup sûr l’aboutissement de ce processus », a-t-il ajouté.
Jean-Luc Martinez : « Vous avez raison d’y croire »
De son côté, Son Excellence Jean-Luc Martinez, ancien directeur du musée du Louvre et ambassadeur de France chargé de la coopération internationale dans le domaine du patrimoine, a affirmé que la France souhaitait accompagner la démarche guinéenne.
« Cette politique nationale guinéenne, nous souhaitons l’accompagner en France. Elle rencontre d’ailleurs la politique nationale française. Le président de la République, Emmanuel Macron, a dès 2017 et pour la première fois pour un chef d’État français osé prononcer le mot de “restitution”, en vous disant tout simplement : c’est possible. Et je suis là pour vous le répéter : vous avez raison d’y croire, parce que la France va respecter ses engagements », a-t-il déclaré.
Avec les deux outils juridiques évoqués, « qu’il faut maintenant faire vivre », des avancées concrètes ont déjà eu lieu, selon lui.
« Pour les restes humains, nous avons déjà procédé à de premiers transferts de propriété au profit de Madagascar. Demain, la Guinée pourrait être, dans quelques mois, la première bénéficiaire de ces deux lois à la fois », a-t-il indiqué.
Des demandes reçues en juillet 2026
Jean-Luc Martinez a également souligné que les dossiers guinéens, formalisés à travers les demandes reçues en juillet 2026 de la part du ministre, sont actuellement en cours d’instruction.
« Je voulais être ici pour vous écouter. Dans un bureau parisien, tout cela ne reste que des noms, des papiers et des procédures. Grâce à vous, cela devient des mémoires, des émotions et des attentes. Nous quittons le monde des procédures pour comprendre, avec vous et les descendants des familles réunies ici, combien ces questions doivent s’incarner. S’incarner pour respecter notre histoire commune, mais aussi pour la jeunesse », a-t-il expliqué.
« Ce pari sur l’avenir, sur la lecture, le livre et le rôle de la mémoire pour les générations futures, est remarquable. Il nous reste quelques étapes techniques à franchir, mais je suis là pour vous accompagner », a réitéré Jean-Luc Martinez.
« Je repars d’ici avec un message d’espoir »
Pour clore son intervention, le diplomate français a rassuré sur la suite du processus.
« Je repars d’ici avec un message d’espoir pour rappeler à Paris combien l’attente est importante. J’espère revenir en avril 2027 à l’occasion du Salon du livre et pouvoir travailler avec vous à la restitution de ces biens », a-t-il conclu.
Elisa Camara
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- September 29, 2026
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