Assimi Goïta à Moscou : « L’Afrique ne saurait être réduite à une simple source de matières premières »
De notre envoyé spécial à Moscou, Le président de la Transition malienne, le général d'armée Assimi Goïta, a prononcé ce jeudi, au Kremlin, un discours à forte tonalité souverainiste lors du troisième sommet du Forum de partenariat Russie-Afrique. Devant le président Vladimir Poutine et plusieurs chefs d'État et de gouvernement africains, il a défendu une coopération « fondée sur le respect mutuel, la souveraineté, l'égalité entre les États et un partenariat gagnant-gagnant ». Le chef de l'État

De notre envoyé spécial à Moscou,
Le président de la Transition malienne, le général d'armée Assimi Goïta, a prononcé ce jeudi, au Kremlin, un discours à forte tonalité souverainiste lors du troisième sommet du Forum de partenariat Russie-Afrique. Devant le président Vladimir Poutine et plusieurs chefs d'État et de gouvernement africains, il a défendu une coopération « fondée sur le respect mutuel, la souveraineté, l'égalité entre les États et un partenariat gagnant-gagnant ». Le chef de l'État malien a estimé que la tenue du sommet intervient à un moment où le monde connaît « de profondes transformations, marquées notamment par la recomposition des équilibres géopolitiques, le retour à un monde multipolaire et l'aspiration croissante des peuples à davantage d'autonomie dans la définition de leurs choix nationaux ». Cette évolution, a-t-il soutenu, « ouvre la voie à un ordre international plus juste, basé sur l'égalité souveraine des États, le respect mutuel, la non-ingérence dans les affaires intérieures et l'application non sélective du droit international ». Assimi Goïta a insisté sur la place du continent. « Notre continent, riche en opportunités, ne saurait être réduit à un espace de compétition, ni à une simple source de matières premières », a-t-il déclaré, appelant les Africains à être « des acteurs à part entière de la gouvernance mondiale, capables de définir nos priorités, de défendre nos intérêts, de choisir librement nos partenaires et nos alliances ». Il a précisé que le Mali participe au sommet « soucieux d'assumer entièrement sa souveraineté tout en promouvant une coopération mutuellement avantageuse ».
Sécurité : un changement de stratégie assumé
Revenant sur la situation sécuritaire, le président de la Transition a rappelé qu'« après plus d'une décennie de lutte contre le terrorisme et malgré la présence des forces internationales, le fléau du terrorisme a continué à s'étendre ». Le peuple malien, a-t-il expliqué, « a décidé de changer de stratégie en comptant sur ses propres capacités à assurer lui-même la défense de son territoire et la protection de ses populations ». Selon lui, la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa) permet à « l'autorité de l'État » de s'affirmer « progressivement sur l'ensemble du territoire national ». Il a assuré que cette dynamique « garantit le retour des services publics, des écoles, de la justice et la reprise des activités économiques ». Le chef de l'État a par ailleurs dénoncé « les tentatives de déstabilisation et la guerre de désinformation orchestrées par des acteurs étrangers ». Face à ces phénomènes, a-t-il dit, l'approche du Mali repose « sur la maîtrise de notre outil de communication, la consolidation de la cohésion nationale et la primauté des faits ». Il s'est réjoui à cette occasion de la création de la télévision d'État AfrikTV, destinée à « s'ériger en contrepoids face aux campagnes de désinformation qui visent les pays de la Confédération AES ».
Refondation nationale et Confédération des États du Sahel
Au-delà de la réponse sécuritaire, Assimi Goïta a évoqué « une dynamique de refondation institutionnelle, économique, sociale », conformément à la vision nationale Mali Vision 2063. Il a indiqué que la nouvelle Constitution consacre « le respect de la souveraineté de l'État, le choix souverain du peuple et la défense de ses intérêts ». Sur le plan économique, le Mali poursuit la lutte contre la corruption et la modernisation de l'administration, « en vue d'ériger un modèle économique endogène basé sur la transformation locale de nos ressources naturelles et la souveraineté énergétique ». Les années 2026-2027 ont en outre été déclarées « années de l'éducation et de la culture ». Le président malien a souligné que son pays « demeure un pays ouvert » qui accueille « ceux qui viennent bâtir avec lui, et non ceux qui, par arrogance et condescendance, viennent dicter, diviser ou entretenir des liens de dépendance ». Il a rappelé la décision prise le 6 juillet 2024 à Niamey par le Mali, le Burkina Faso et le Niger de renforcer leur intégration au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), sous l'impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président de la Confédération, et du général d'armée Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger. « La Confédération des États du Sahel, avec sa force unifiée, est aujourd'hui un pilier incontestable de la stabilité au Sahel », a-t-il affirmé. Cette coopération s'articule autour de trois piliers : la défense et la sécurité, avec le partage de renseignements et la coordination des forces ; la diplomatie, afin de porter « une voix sahélienne unique, crédible et hautement audible, affranchie de toute influence coloniale ou néocoloniale » ; et le développement, avec notamment la libre circulation des personnes et des biens, l'interconnexion des réseaux de transport et d'énergie et la création d'une banque d'investissement confédérale.
Un bilan jugé positif du partenariat russo-malien
Assimi Goïta
s'est félicité que les accords du deuxième sommet, tenu à Saint-Pétersbourg en juillet 2023, « se traduisent par des résultats concrets, démontrant la fiabilité du partenariat russo-malien ». Il a cité cinq avancées. En matière de défense, l'appui technique et doctrinal de la Russie et l'acquisition de matériels militaires ont « renforcé de manière significative la capacité des FAMa ». Sur le plan de la sécurité alimentaire, la Russie a mis à disposition 50 000 tonnes de blé, 117 000 tonnes d'engrais et 30 000 tonnes de carburant, auxquelles s'ajoutent 49 000 tonnes de blé, 670 000 tonnes de pois cassés et un don de tournesol enrichi en vitamines d'une valeur de 2 millions de dollars. Dans l'énergie et les mines, le partenariat avec Rosatom a permis plusieurs projets industriels, dont une raffinerie d'or, une centrale solaire et l'usage pacifique de l'énergie nucléaire. Dans le domaine du capital humain, le nombre de bourses d'études a été porté à 300 par an et plus de 200 cadres civils et militaires maliens ont été formés en Russie. Enfin, la coopération intergouvernementale et les rencontres entre autorités et opérateurs économiques des deux pays maintiennent « un dialogue constant ». Concluant son intervention, le chef de l'État a plaidé pour un partenariat avec le Sahel fondé sur « l'écoute, le respect mutuel, la confiance et la construction des capacités durables ». Il a décrit la relation avec Moscou comme « un partenariat sincère, gagnant-gagnant, respectueux et soucieux des aspirations des populations ». Le Mali, a-t-il assuré, « poursuivra sa marche résolue et irréversible vers la refondation, la dignité et la prospérité », en travaillant à « l'émergence d'un monde multipolaire plus équilibré, plus stable, plus solidaire, respectueux de la souveraineté des États ».
Follow the story
About this article
- Length
- 1,091 words · 5 min read
- Published
- October 29, 2026
- Byline
- Actus du Moment
- Source
- Senenews